Nous remercions Monsieur le Maire de Cergy d’avoir répondu très rapidement et d’une façon détaillée à notre lettre ouverte concernant
les SDF. Dans un premier temps nous diffusons son courrier dans son intégralité, sans commentaires, puis sous quelques jours nous vous ferons part de nos réactions et suggestions .
Les
Veilleurs Cergyssois
Cergy, le 22 janvier 2009
Le
Maire
Président de la Communauté
d’Agglomération
de Cergy-Pontoise
Cher Veilleur,
Je réponds sans tarder à votre lettre, à raison davantage de l’importance du sujet qu’elle aborde que de la forme interpellatrice et
accusatoire qu’elle prend, conformément à vos habitudes, alors même qu’elle est dénuée de tout fondement, ce que vous savez parfaitement.
Le Veilleur, toujours à l’affût, n’a en effet pu manquer, puisqu’il en était membre, l’information faite en conseil municipal sous la
précédente mandature sur l’action de soutien aux SDF mise en place par la ville de Cergy à l’initiative de mon adjointe Agnès ROUCHETTE. Comme il n’a
pu oublier les multiples échanges tout au long du précédent mandat sur cette action lors de l’examen par le conseil d’administration du centre communal d’action sociale de son bilan
annuel.
Je me dois donc de rafraîchir la mémoire défaillante du Veilleur.
Mais je voudrais au préalable vous inviter à une « révolte » permanente sur la situation des mal-logés, davantage que de
chercher à exploiter un drame humain et social particulier en période d’hiver. Ce qui devrait vous conduire à soutenir activement et fermement l’action de construction de logements que je
poursuis à Cergy comme à vous engager dans les associations qui se battent tous les jours pour le droit au logement.
Quand une personne sans domicile fixe meurt, c’est un drame humain et social d’abord. C’est ensuite pour les personnes de bonne foi
une interrogation renouvelée sur les raisons qui font que, dans une société développée et riche comme la nôtre, autant d’exclusions successives conduisent à cette relégation de la société de
dizaines de milliers de personnes qui passent par la « rue ».
Or, vous le savez bien, ce sont l’insuffisance de logements sociaux, le niveau trop élevé des loyers et charges et la précarité de
l’emploi et des revenus qui, la plupart du temps, conduisent à la rue. Comme ce sont des parcours de vie parsemés d’étapes douloureuses : une rupture, un problème de santé, et à un moment,
la rue. La rue qui détruit progressivement des personnes toujours plus désocialisées et toujours plus à la dérive.
Je veux aussi rétablir la vérité des faits sur la mort de Denis. Cette personne, décédée à la fin du mois de décembre, était très bien
connue de la mairie et refusait catégoriquement toute solution d’hébergement. Son état de santé très dégradé lui a été fatal. La Ville a poursuivi son action au moment du décès : la famille
(il avait des enfants qu’il continuait à voir) a été reçue, la mairie a pris en charge les frais d’obsèques, un adjoint au maire était présent aux funérailles. L’assistante sociale s’est mise à
disposition des enfants dans la période de deuil qui commence.
Venons en donc à votre interpellation/accusation sur l’action ou l’inaction sous entendue et supposée de la Ville de Cergy.
D’abord pour vous rappeler que cette population relève de la compétence exclusive de l’Etat qui a en charge la politique d’hébergement
d’urgence et finance les places d’hébergement pour les SDF et autres publics via le 115, mais aussi des places à moyen et long terme pour des couples, des femmes victimes de violences conjugales,
des familles monoparentales en insertion, un hôtel maternel éclaté, des handicapés en logement autonome ou collectif, des malades du SIDA, etc. Et aussi que c’est le département qui a compétence
en matière d’action sociale.
La Ville de Cergy a toujours cherché, au-delà de son effort de construction de logements sociaux (8 500, soit 42% des logements
de Cergy), à répondre positivement aux demandes de création de structures d’hébergement d’urgence et de resocialisation, à l’exemple de la structure installée au village qui a été étendue il y a
maintenant deux ans. Dès lors, elle est la ville du Val d’Oise qui offre le plus de capacités d’hébergement en accueillant plus de 500 places d’hébergement de toutes natures. Cet accueil
territorial conséquent a un impact financier pour la commune : après la phase d’hébergement d’urgence, la phase de reconstruction et d’insertion se traduit par des demandes de places en crèche, des demandeurs d’emploi, des demandes de logement, d’aides financières auprès du CCAS.
La Ville de Cergy, au travers de son service social, a rapidement pris en compte ce public souvent bénéficiaire du RMI. Dès 2004, un
travailleur social a expérimenté une mission qui très vite est devenu un poste à temps complet. L’initiative de la Ville, sans cofinancement de l’Etat et du département, est un choix que peu de
communes font. Au demeurant, cette action municipale dans l'accompagnement des très grands exclus n'existe pas ailleurs dans le Val d’Oise.
Notre action vise à prendre en charge les personnes les plus marginalisées, en errance qui ne fréquentent pas les services sociaux et
qui présentent une problématique "alcool". Il s'agit notamment de proposer une intervention sociale spécifique et adaptée aux plus exclus et
d'établir une médiation avec les habitants et les commerçants qui interpellent la Ville sur ces problématiques.
Cette action pérenne permet une prise en charge sans rupture, donc adaptée, à de très grands exclus, en hiver comme en été, période où
les SDF sont les plus isolés, mais dont on ne parle pas puisque les bonnes consciences étant en vacances et les associations fermées ou en fonctionnement réduit.
L’assistante sociale de la ville a une triple fonction :
Ø Apporter un accompagnement social aux SDF qu’elle va voir là où ils sont, dans la rue, les parkings, etc. et leur proposer des solutions
d’insertion sociale et professionnelle. Bien entendu, l’orientation vers les structures d’hébergement est la priorité et si elle ne se concrétise pas, c’est parce que les SDF eux mêmes la
refusent avec force, ou ne restent hébergés que quelques jours, préférant revenir dans leur lieu « à eux ». Quand l’insertion dans le logement ne peut prendre forme, une aide vitale est
apportée, des couvertures de survie données, des « paniers » ou des vêtements donnés via les associations caritatives. Entre vingt et trente SDF sont ainsi suivis en proximité et chacun
d’entre eux connaît le travailleur social de la Ville.
Ø Réaliser une médiation avec les cergyssois, quand ils repèrent un SDF, quand ils s’inquiètent, quand ils demandent leur départ. Ce sont des
citoyens, des commerçants, des conseils d’école. En outre, plusieurs temps d’information auprès de CCQ et du Conseil d’enfants ont été réalisés.
Ø Créer une concertation avec les associations et professionnels du social afin de favoriser la coordination des interventions avec ce public.
Ainsi, les lieux de vie des SDF sont signalés à la Croix Rouge qui maraude le soir en hiver, les SDF sont orientés vers l’accueil de jour d’ESPERER 95, accompagnés physiquement dans les
associations caritatives.
Au delà des actions conduites par cette assistante sociale, la police municipale est aussi au contact de cette population, dans un
climat de bienveillance et en faisant le lien avec le service social chaque fois que nécessaire.
Quant à donner la liste des associations qui œuvrent sur la ville ce serait trop long,
mais pour n’en citer que quelques unes : le Maillon, qui perçoit une aide de la ville valorisée à près de 150 000 €, Du Côté des Femmes qui reçoit une subvention de 40 000 €, APUI les
Villageoises qui cumulé Ville et CCAS a 42 000 €. Au total, ce sont 39 associations qui perçoivent près de 400 000 € chaque année sans compter les 12 travailleurs sociaux de la mairie qui
accueillent et accompagnent au moins 500 cergyssois en permanence.
Vous le voyez donc, cher Veilleur, il ne vous reste plus qu’à soutenir l’action de la Ville et à en faire la promotion pour que
d’autres, notamment dans les villes dirigées par la droite, en fassent au moins autant que ce que la municipalité de gauche de Cergy réalise quotidiennement sans avoir attendu votre
interpellation.
Avec mes salutations vigilantes sur vos engagements et prises de positions,
Dominique LEFEBVRE